Et cette voix dans ta tête qui te répète…

 

Récit d’un tournage :

Le commencement :

 

Cela faisait un moment que j’avais l’idée de créer un court-métrage autour d’un personnage qui soliloque. Je voulais un personnage qui parle à son Moi maléfique, comme le personnage de Gollum dans « Le Seigneur des Anneaux ». Ce Moi maléfique a l’avantage d’être universel puisqu’il est en chacun de nous. Il nous fait douter, nous empêche souvent d’agir pour nous éviter d’avancer dans notre vie.

Une chanson du groupe Fauve explique très bien ce phénomène, le titre de ce court-métrage est d’ailleurs tiré de cette chanson.

J’ai rencontré Thalya Raymond pendant le tournage du clip « De Ceux – Fauve » et elle m’a tout de suite impressionné par sa prestance que je n’avais vu chez aucun acteur. Elle est née pour être actrice de cinéma.

De plus, un excellent feeling s’est tout de suite installé entre nous ; je voulais travailler à nouveau avec elle et elle n’avait pasencore de bande démo. La mise en place de mes idées a été très rapide et elle a accepté immédiatement ce double défi pour nous deux :

  • Pour elle, faire une conversation avec elle-même.
  • Pour moi, arriver à installer le même acteur en deux fois dans le même cadre.

Nous nous sommes revus plusieurs fois pour poser nos idées et préparer le tournage.

C’est le premier court-métrage pour lequel j’ai véritablement bâti un scénario et un découpage technique.

Nous avons décidé par la suite de tourner dans mon propre appartement, car il permet le recul nécessaire à mon unique objectif qui est un 50mm. En outre, il fallait absolument que nous tournions en intérieur pour avoir une luminosité constante, ce qui était crucial pour les plans doubles (les plans où le personnage 1 et le personnage 2 apparaissent dans le même cadre).

 

Un tournage complexe :

 

Voici comment j’ai tourné les plans dans lesquels les personnages apparaissent ensemble dans le même cadre.

Je prendrai comme exemple le cadrage en plan large du lit.

J’ai commencé par installer ma caméra sur pied avec le bon cadrage, ensuite j’ai installé Thalya aux deux endroits du cadre où elle allait apparaître, et je lui ai fixé des repères au sol. J’ai ensuite installé les lumières : une principale à droite, une moins puissante à gauche, une qui éclaire le mur de gauche pour éliminer les ombres, et enfin une dernière au fond de la pièce pour faire ressortir les personnages et atténuer les ombres.

J’avais déjà dû régler un projecteur sur le tournage de « L’empreinte » mais c’est véritablement la première fois que je suis le chef-opérateur. J’ai ainsi procédé à peu près de la même manière pour tous les autres cadrages. Les images que je montre dans ce dossier sont les images sans retouches. Comme on peut le voir, elles sont très jaunes ce qui est dû à mes lampes d’éclairage ; néanmoins cela a créé une ambiance chaleureuse. Quand j’ai tout réglé, nous avons pu commencer à tourner la première partie de ce plan.

C’est-à-dire que pour tourner un plan où nous avions les deux personnages à l’intérieur du cadre, nous étions obligés de le tourner deux fois.

C’est pour cela que le cadre ne devait jamais bouger. Pour tourner les deux parties du plan, Thalya était en pyjama sur le lit, je lançais la caméra, m’installais à l’endroit du deuxième personnage et lui donnais la réplique.

Ensuite nous inversions les rôles.

Au montage je me suis retrouvé donc avec deux plans que j’ai installé l’un sur l’autre en V1 et V2.

 

Par la suite sur Adobe Première, j’ai appliqué un recadrage sur mon Plan 2 en V2 vers la gauche et j’ai scindé mon image en deux, ce qui fait apparaitre la partie droite de V1.

Comme on le voit ici, même en ayant gardé exactement le même cadrage et le même éclairage, nous voyons une coupure sur le centre. J’ai donc appliqué un fondu sur la coupure de V2, c’est pour cela que j’ai laissé un vaste espace entre les deux personnages. J’ai appliqué également le même procédé pour le champs / contre-champs qui aurait rendu bien mieux avec une longue focale, mais j’étais limité avec mon 50mm.

La principale difficulté, avec ce genre de plan, est de respecter les temps de pause de reprise dans la conversation entre les personnages pour que tout s’imbrique parfaitement lors du montage. Pour les plans en champ/contre champs j’ai du utiliser une épaulière que je privilégie toujours.

Avec les autres cadres je ne pouvais pas puisque rien ne devait bouger, mais ici grâce au mur blanc je pouvais me le permettre. Nous avons installé 3 scotsh de positions sur le sol.

 

Un pour le personnage 1

Un pour le personnage 2

 

Et enfin le dernier scotch pour moi.

J’ai également mis un scotch sur l’écran de mon appareil pour savoir où se situait la délimitation des cadres. Par la suite pour les personnages filmés en amorce (une amorce est une partie d’un personnage que l’on voit flou) j’ai accentué le flou pour faire croire que je filmais avec un autre objectif que celui que je possédais, j’aurais dû avoir un 85mm. Après ces deux jours de tournage nous avons ensuite filmé dans un autre appartement la scène de dispute du début et quelques inserts de plans comme la scène où je regarde son portable.

 

Le montage/etallonage :

 

Pour le son rien n’était optimal car, faute de moyen, j’ai dû utiliser uniquement le micro intégré de ma caméra.

Pour la musique je savais que je voulais The Departure de Michael Nyman pour la fin mais il me fallait une musique d’ambiance qui puisse ensuite se fondre avec celle de la fin.

J’ai pu faire appel à quelqu’un de très talentueux que j’ai rencontré lors du festival de cinéma de Cavaillon où j’ai été chargé de cadrer. Lucas Napoleone fit un excellent travail en faisant une reprise avec variation de la musique de fin au piano.

J’ai dû ensuite m’attaquer à l’étallonage que j’ai fait avec speedgrade. L’image était trop jaune selon moi, trop chaude, elle apportait tout de même une ambiance mais je voulais autre chose. J’ai donc rajouté de la lumière et du contraste à l’image. Puis j’ai diminué les rouges et les verts et augmenté les bleus pour rendre plus blanche l’image. Je me suis ensuite heurté à un problème sur le plan large, j’avais disposé des lumières face à l’actrice. Les spots diffusaient une lumière chaude et jaune.

Ensuite j’ai placé un néon derrière, contre le mur, pour détacher l’actrice du mur, pour donner de la forme à l’image. Le souci qui est arrivé est que ce néon diffusait une lumière très bleue, du coup en augmentant les bleus à l’étallonage l’éclairage à l’arrière est très voyant. J’ai dû passer un long moment de réglage pour atténuer la couleur bleue en arrière plan. J’ai fini avec un étallonage homogène sur l’ensemble des scènes hormis la scène de dispute que j’ai volontairement mis en contre jour et en surexposition durant le tournage pour faire croire à un souvenir. A l’étallonage j’ai beaucoup augmenté les bleus.

 

Conclusion :

 

Pour moi chaque niveau technique a été vécu comme une nouveauté, mais surtout c’est la première fois que j’ai dû jouer comme acteur.

C’était une première expérience très amusante ; il n’y avait pas de jeu d’acteur complet puisque je n’avais pas de texte, mais jouer l’amoureux d’une fille que je connaissais à peine n’était pas chose aisée. Nous avons d’ailleurs dû tourner à nouveau un des flashback car, sur la première version, je n’étais pas du tout à l’aise.

J’ai appris qu’être acteur au final c’est exacerber des émotions et jouer avec ; arriver à les contrôler tout en restant naturel. C’est une très bonne expérience que je compte bien renouveler. Ce projet avait pour objectif premier d’être une démo de comédienne pour Thalya, c’est pour cela que l’histoire se focalise sur elle et son double. Je devais même être encore moins visible sur le court-métrage mais, pour avoir une meilleure fin, nous avons allongé les choses.

Le tournage s’est déroulé sur deux jours et demi, nous n’étions que tous les deux et j’avoue que nous avons pris nos aises avec les horaires.

Concrètement, c’est pour moi le tournage dans lequel je me suis le plus amusé, nous nous entendions tellement bien qu’il était difficile pour nous de nous empêcher de discuter pour nous concentrer.

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