Et le monde continuera de tourner…

 

Récit d’un tournage :

 

Le commencement :

 

Pour mon bac, j’avais eu en épreuve d’Arts Plastiques la création d’un projet. Nous avions carte blanche pour créer absolument tout ce que nous voulions et j’ai décidé de faire mon premier court métrage.

En effet j’ai toujours voulu faire du cinéma et pourtant je n’en avais jamais vraiment fait. C’était l’occasion. De plus je voulais faire des études de cinéma après mon bac, et je savais très bien que les élèves de filière générale option cinéma auraient une grande avance sur moi.

J’ai toujours eu horreur des courts-métrages amateur et j’avais déjà remarqué que malgré une montée en puissance de la qualité vidéo numérique, ce qui gênait le plus était l’enregistrement du son.

Je voulais avoir un rendu le plus professionnel possible alors il ne devait pas y avoir de son, en tout cas de son enregistré sur place.

J’avais réalisé que je n’avais aucun contrôle sur la qualité et la profondeur du son, en revanche sur l’image oui.

J’étais équipé d’une caméra qui filmait en 1920 x 108060i (le 60 images par seconde ne change rien vu le taux de compression) et il n’y avait rien de manuel. En outre, malgré un très bon stabilisateur rien ne valait une Steadycam.

 

Il me fallait donc un endroit très éclairé pour éviter une montée en ISO, des plans fixes avec peu de mouvements  à l’intérieur pour éviter la pixellisation. De plus, parfois il fallait que je fasse avec une mise au point automatique lente ou quasi inexistante.

J’ai eu très rapidement l’idée d’un drogué faisant une overdose dans des toilettes publiques avec un cliquetis d’horloge en guise de rythme de son cœur. Le cliquetis me permettait d’avoir une lente montée en pression du spectateur, je voulais quelque chose qui choque.

J’ai eu l’idée aussi du cadrage en plan d’ensemble au-dessus qui tourne. Celui-ci devait à la base commencer en très gros plan sur le visage du personnage mort, pour ensuite tourner et s’éloigner progressivement en pland’ensemble.

J’ai fini par abandonner l’idée de l’utilisation du zoom, ma caméra n’avait pas de contrôle du zoom en manuel et celui en automatique était bien trop rapide.  Le seul moyen pour obtenir un plan au plafond qui tourne était de construire une petite plateforme où placer la caméra et, ensuite, de faire tourner celle-ci.

Par la suite, pour éviter des montées en ISO et pour pouvoir bouger comme je le voulais sans être limité par les murs, j’ai décidé de re faire un WC public en extérieur. Dans mon jardin, où je disposais de la place nécessaire.

Après cette décision de recréer un WC en entier en studios extérieurs, j’ai pris les mesures d’un WC déjà construit dont j’ai dessiné les plans.

 

Construction du décors : 

 

Pour sa réalisation, il me fallait les matériaux suivants :

 

–        Des panneaux d’aggloméré (250 x 125) qui feraient office de murs, leur dimension conséquente a nécessité la location d’un camion à plateau.

–        Des petits carrelages blancs basiques (15 x 15)

–        Des vis à bois

–        Des poutres en bois (27 x100 x 2) pour faire tenir les murs

–        Des équerres L en métal

–        De la peinture blanche

–        Du carrelage (15 x 15) que j’avais déjà en stock pour le sol

–        De la colle pour carrelage

–        Un WC, la pièce maitresse de tout ceci.

 

Après une étude comparative des prix dans différents magasins, j’ai tout acheté chez Bricoman pour un total de 150 € y compris la location du camion.

Le WC était à 70 € mais au final je n’ai pas eu besoin de l’acheter car une de mes amies arriva à m’en fournir un qui venait d’un chantier, cette même amie réussit à me fournir quelques seringues ainsi que des fioles vides. Je n’aurais pas pu aller plus loin sans ça.

Puis, j’ai mis une bonne après-midi à découper les planches pour ensuite les rassembler. En effet, les panneaux en aggloméré ne faisaient pas la taille correspondant aux murs que je voulais, il a fallu que je les découpe pour ensuite les assembler à nouveau avec les poutres en bois.

J’ai attendu jusqu’au dernier moment pour faire l’assemblage des murs et du sol. En effet un fort mistral s’était installé depuis deux semaines et je redoutais de devoir faire l’assemblage de ce décor en intérieur.

Un de mes meilleur amis, l’acteur principal, Damien, ne pouvait rester que trois jours.

Heureusement le matin où il est arrivé le vent cessa enfin, nous avons mis une heure pour faire l’assemblage des murs et du sol, puis le reste de la journée pour finaliser le décor (collage des carreaux au sol, tags, peinture etc…).

Nous avons fini cette journée par quelques répétitions à l’éclairage électrique.

Le lendemain matin, j’ai terminé la plateforme qui allait faire tourner la caméra du plan du plafond. On peut en voir la composition sur cettephoto :

Une perceuse, pour créer le mouvement de rotation (car à la main le mouvement n’aurait pas été fluide) et un repose-caméra accouplé à une roue qui est, en fait, le châssis d’un caddie que j’ai découpé à la disqueuse.

Une perceuse, pour créer le mouvement de rotation (car à la main le mouvement n’aurait pas été fluide) et un repose-caméra accouplé à une roue qui est, en fait, le châssis d’un caddie que j’ai découpé à la disqueuse.

Par la suite j’ai positionné la plaque pour faire en sorte que l’image soit centrée par-rapport à la pièce en réalisant plusieurs tests.

Puis, j’ai effectué un léger zoom pour éviter les déformations sur les bords dus à mon objectif grand angle.

 

Le tournage : 

 

Le premier jour de tournage a été uniquement utilisé pour les vues du dessus, positionnées au dessus du décor grâce à une échelle. Avec la porte fermée, Damien était enfermé dans le décor, l’absence de prise de son m’a beaucoup aidé car je pouvais diriger en direct mon acteur pendant que la caméra tournait. Nous avons fait cinq prises, chacune durant autour de quatre minutes. Mon acteur devait rejouer la scène en entier à chaque fois.

Pour le final où le corps de l’acteur gigote, il me fallait trente secondes où celui-ci ralentit petit à petit, je dirigeais mon acteur avec ma montre ce qui était assez difficile pour lui.

Nous avons repris les autres plans le lendemain. Nous avons enlevé le mur de droite pour que je puisse avoir les plans de face du personnage. Cette fois-ci nous avons refait la scène sept fois mais en omettant la scène finale de convulsion car, en s’allongeant, il sortait du champ.

J’ai fait ensuite plusieurs gros plans que finalement je n’ai pas utilisés, et nous avons démonté entièrement le décor pour pouvoir le stocker.

Au final, j’avais 12 gigas de rush ce qui représente environ une heure de vidéo à compresser en quatre minutes.

A partir de là je pouvais m’attaquer à la partie la plus compliquée qui était le montage.

J’ai utilisé pour cela Sony Vegas Pro 11. Pour avoir une concordance globale entre les battements de cœur et l’image, je devais m’appuyer sur quelque chose, j’ai alors créé une feuille avec le déroulement du jeu d’acteur avec celui de son cœur, les changements qu’il allait y avoir étant séquencés toutes les cinq secondes.

 

Le montage vidéo : 

 

Ensuite j’ai fait le montage vidéo en prenant les « meilleursmoments » de chaque prise et en veillant bien à ce que les mouvements de l’acteur soient raccords entre chaque plan. Puis, j’ai appliqué un filtre qui,grâce à différents réglages, diminua le nombre de couleurs pour rendre l’image quasiment en noir et blanc.

Ensuite je me suis attaqué au son. J’avais un bruitage de battements de cœur qui durait trente secondes, je devais le faire durer quatre minutes avec une accélération crescendo puis une décélération et un arrêt total à la fin.

Pour ce faire, j’ai utilisé Audacity et j’ai multiplié les battements de cœur pour qu’ils durent quinze minutes. Des craquements se faisaient entendre entre chaque multiple de mon battement, j’ai dû faire les changements au décibel près pour que cela soit le plus lisse possible àl’oreille.

Pour finir il fallait que je crée l’accélération du battement. Toujours en m’aidant de ma feuille de battements,  j’ai chargé sur le logiciel une accélérationde 5 % des battements toutes les cinq secondes, et pour la décélération je l’ai faite manuellement petit à petit.

J’ai raccordé ensuite le son avec les images en faisant quelques petits changements sur le montage, j’ai rajouté le générique, enfin, c’était terminé.

 

Je précise que tout peut sembler évident à première vue, et rapide, mais il m’a fallu trois semaines où chaque soir je travaillais cinq heures sur le montage. C’était la première fois que je faisais un montage et pour chaque étape réussie, j’effectuais des tests pendant plusieurs heures jusqu’à obtenir ce que je voulais.

Au moment du tournage et du montage je n’avais absolument aucune connaissance en raccord de plan, en montage ou en déroulement de tournage. Pour ce qui concerne le cinéma en général, j’avais juste vu beaucoupde films, je ne me suis inspiré de rien, j’ai seulement eu des idées que j’ai voulu mettre en place et ça a marché. J’ai eu de la chance sur certains points, mais c’est aussi pour cela que ce court-métrage comporte certaines erreurs dont je n’avaispas conscience quand je le faisais.

 

Remerciement :

 

Je finis en remerciant mes parents ainsi que ma grande sœur Gaëlle qui m’ont soutenu jusqu’au bout sur ce projet et sans qui rien n’aurait été possible.

Je tiens aussi à remercier Eric Tellene, premier spectateur de ce court-métrage et qui a cru en moi alors que beaucoup me tournaient le dos.

Un grand merci aussi à l’acteur, Damien, avec qui nous avons bien rigolé !